Saturday, October 2, 2010

Blancheur céleste


Il est 7hres am. Ma vessie me réveille, vous l’aurez deviné.

Il ya trois jours que nous vivons sur la plaine qui s’étend comme un tapis royal devant Aoraki, maître incontesté des hauteurs couronnées de neiges éternelles. Le roi des Alpes du Sud. Comme d’humbles serviteurs en attente d’une mission de Sa Majesté, nous avons erré sur les flancs rocheux de ses Hauts Chevaliers, découvrant la flore alpine qui abrite les kéa, seuls perroquets vivant en altitude, et surtout tremblant au son des avalanches qui rugissaient dans la vallée. Chaque jour nous découvrions l’impénétrable grandeur des montagnes mais toujours les nuages voilaient celui dont nous attendions l’audience. On appelle Aoraki « celui qui perce les nuages ». Mais comme nous le disent les histoires Maori, il choisit bien à qui il se dévoile.

J’ouvre un oeil et tout de suite la fenêtre m’appelle. Aujourd’hui est notre dernière journée au cœur des Alpes…l’audience sera-t-elle accordée? À ma grande surprise la vallée et son cercle infranchissable de glaciers et de piliers aux dents qui grincent le ciel se dévoile sous un soleil matinal timide. Des langues de nuages s’effilochent aux pieds des murs de roches et les sommets se montrent le nez un par un. Je cours à la salle de bain, résolue de sauter dans mes bottes de randonnée au retour et de retourner escalader le mont Sebastopol, qui m’attend peut-être avec une vue remarquable sur le fameux monarque.

Après avoir avalé deux tranches de pain sec (grâce à un brésilien généreux qui m’a pris en pitié, elles étaient recouvertes de Nutella) je m’enfuis à toutes jambes vers l’escalier sans fin qui grimpe vers les lacs alpins au sommet de Sebastopol. Après 1h45 de montée je suis dans les nuages. Ils sont coriaces. La vallée semble les attirer comme les éclairs au chocolat attirent monsieur Lepage. Je redescends donc vers le soleil et à mi-chemin je dois m’assoir au sol. Le voilà. Jouant à cache-cache à travers les nuages, la blancheur étincelante du plus haut sommet m’impressionne. Le triangle fier, qui semble être découpé par une épée forgée au mont Olympe, invite le recueillement. Il m’est impossible de bouger. Aoraki vient et va à travers les voiles blancs, et chaque fois il réapparaît plus majestueux. Et tout autour le cercle de montagnes gigantesques semble répondre à son appel, il me semble qu’elles se dressent plus haut, plus blanches, plus découpées sur la plaine orangée. J’ai l’impression d’entendre les milliers de kilomètres de glaciers craquer en guise d’applaudissement. Le cri du kéa me ramène à mon corps sur la roche fraîche et, en le regardant voler, mes yeux se posent sur les milliers de gouttes de rosée qui ornent les plantes robustes et élégantes des hauteurs néo-zélandaises. Elles forment un manteau d’argent sur le tapis tressé de rouges, ocres et verts de toutes sortes. Les mousses brillent. Les lichens sont étincelants. Me voilà gorgée de lumière, au milieu de l’infiniment petit et de l’infiniment grand.

Je me rappelle mes amis qui doivent m’attendre en bas. Je cours les dernières marches avec un sourire béat.

Sur la route, quelques 50 km au sortir de la vallée, nous nous sommes arrêtés au bout du lac Pukaki, grande étendue oblongue qui finit presque au pied d’Aoraki. Enfin, bien loin des nuages de la vallée, l’audience sans interruption fût accordée. Au bout du lac turquoise on pouvait voir un sommet immense, aux lignes épurées, se dresser comme pour bénir les vallées adjacentes. Un simple sourire suffit pour notre au revoir.

Il y a une semaine, nous avons pris l’avion de Christchurch à Sydney, laissant derrière un pays magique mais avec devant plein d’amis à retrouver. L’envol se fit par une journée splendide, et, juste au dessous, au milieu des montagnes millénaires, s’est dressé solennellement Aoraki, comme pour dire aurevoir et merci.

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Thursday, August 12, 2010

L’extase, puis le lavage

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J’ignore comment les kiwis peuvent vivre avec une seule paire d’yeux et demeurer sains d’esprit. Depuis que j’ai commencé à parcourir cette terre bénie, mon cœur souffre du manque de parties du corps en réserve pour tout assimiler. Un horaire à deux quarts me permettrait jour et nuit de sentir, voir, entendre, toucher, ressentir, m’émerveiller.

La beauté de la Nouvelle-Zélande dépasse tout ce que je pouvais imaginer. Ses courbes sans fin, ses gens généreux, ses champs couleur d’émeraude, ses merveilleuses fougères luxuriantes, ses vagues turquoise déferlantes, ses sources chaudes paradisiaques, ses geysers aux couleurs de l’arc-en-ciel, ses symphonies d’oiseaux ne sont que quelques uns des tapis volants qui me transportent chaque jour.

Nous avons été très occupés à nous amouracher d’Aotearoa, ce qui explique la rareté des articles sur ce blogue. Nous avons tourné tels des derviches dans un vortex de synchronicité et d’émerveillement pour ce pays.

Nous avons vagabondé dans les vents des hauts sommets, escaladé des rochers, caressé des agneaux, appris à connaître les différentes familles de moutons, traversé à bicyclette les vapeurs sulfureuses bleu vert des rives, essayé de danser la danse Maori Poi et de faire les exercices de langue des guerriers, vu du Zorb Taïwanais, goûté au fruit du kiwi, sculpté notre propre hameçon Maori dans un os de vache, passé des heures dans les musées, fait l’ascension d’une version kiwi du Mont Fuji, nous sommes émerveillés devant les marmites bouillonnantes de boue et finalement, lavé beaucoup, beaucoup de vaisselle …

Présentement, nous WWOOFons dans un centre de retraite spirituelle près du Great Lake Taupo (aussi dû pour faire éruption très bientôt). Il s’agit de notre deuxième retraite spirituelle en très peu de temps. La première, était une retraite bouddhiste dans la tradition Thich Nhat Hanh (…).

Mes amis, je dois m’arrêter un peu, car il n’y a pas de mots assez puissants pour décrire notre expérience là-bas. Je fixe mon écran et une digue d’émotions s’ouvre. Je voudrais en partager l’intensité précieuse avec chacun de vous personnellement. Je voudrais prendre vote main et vous conduire dans le jardin de Dharma Gaia, en silence, pour vous permettre d’entendre votre cœur battre à l’unisson avec les oiseaux. Pendant dix jours, nous avons approfondi la découverte de notre beauté intérieure, du monde et la lumière qui illumine les gens qui nous entourent. Nous avons regardé franchement, sans juger, les nuages plus sombres de nos cieux et nous nous sentions vraiment, vraiment bien.

Les participants à la retraite ont été inspirés par le respect et l’amour contagieux que Marc et moi éprouvons l’un pour l’autre. L’un d’eux, un charmant homme qui ressemblait à Félix Leclerc, a réalisé l’un de mes rêves les plus fous : il a improvisé une cérémonie pour nous dans la forêt tropicale luxuriante, où nous avons échangé des mots d’amour et des bracelets mala en néphrite, symboles de notre immense respect l’un pour l’autre. Wow. J’ai reçu un bouquet de fleurs mauves conçu par la ravissante Kate et y enfouissant mon visage rougissant, j’ai écouté les mots charmants prononcés par Marc devant un petit groupe de gens merveilleux, assis en demi-cercle sous la canopée. Puis, je lui ai dit, les yeux pleins d’étoiles, combien j’étais heureuse de partager ma route avec lui. Nos amis ont lu des poèmes, nous ont donné des cartes, du chocolat, des cadeaux et nous avons même reçu un bon de voyage de noces chez l’un des participants à Hamilton! Tout simplement merveilleux.

Aujourd’hui, je m’émerveille devant un minuscule oiseau en lavant la vaisselle et en mangeant du gâteau. Il a les pattes plus petites que des cure-dents et un corps rond, rond comme les yeux d’un bébé. Un autre moment d’extase dans cet endroit grandiose. Je me demande vraiment comment les Néo-Zélandais peuvent garder une routine quotidienne. Je devrai l’essayer moi-même : demain matin, je ferai du lavage.

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Saturday, July 10, 2010

Aotearoa, la « Terre du long nuage blanc »

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Haere Mai! Bienvenue à Aotearoa, Nouvelle-Zélande. Les cartographes des Pays-Bas l'ont appelée Nova-Zeelandia, en l'honneur de leur province Zeeland, qui veut aussi dire « Seeland ». Vous comprendrez donc que j'aime mieux la poésie de la Terre du long nuage blanc, Aotearoa. Les Maoris sont sûrement arrivés en été, parce que maintenant, en hiver, je l'aurais plutôt baptisée « Terre de moult nuages gris »! Il a plu beaucoup ces derniers jours mais la semaine dernière fût merveilleusement ensoleillée, truffée d'arcs-en-ciel ornant les collines du Northland.
Quelle meilleure façon de célébrer ce soleil que de partir à la pêche avec un vieux Kiwi sur la queue du poisson pêché par Maui. Je parle peut-être en dialecte incompréhensible...

Ici, les habitants du pays se donnent fièrement le titre de « Kiwis ». Cela réfère au fruit magnifiquement succulent, bien sûr, mais surtout au Kiwi, l'oiseau qui est devenu l'emblème du pays. Le Kiwi est endémique à Aotearoa et est une des rares espèces du pays ayant survécu à la déforestation. Il en reste un nombre minime mais les efforts sont là pour repeupler la colonie. Le Kiwi ne vole pas et est l'oiseau qui pond le plus gros œuf comparativement à sa taille... Il fait partie d'une famille unique en son genre qui existe depuis Gondwana, le supercontinent qui rassemblait l'Amérique du Sud, l'Afrique et l'Océanie il y a 600 millions d'années. Le fait d'avoir vécu aux côtés des dinosaures est une raison assez spectaculaire pour en faire un emblème national, même si son cri est loin d'être plaisant à l'oreille...

Alors nous sommes partis sur les flots calmes de la Bay of Island avec un vieux Kiwi plein d'horizons bleus et verts dans ses yeux sages. Sur les traces de Maui, nous avons jeté nos cannes à l'eau et avons attendu que les belles créatures sous-marines s'empêtrent malencontreusement dans les hameçons de métal (eh oui, les fameux hameçons en os de baleine ne sont plus usités, ils sont plus jolis autour du cou des Maoris ou des touristes).

Maui, comme l'île d'Hawai'i, est un demi-dieu connu de toute la Polynésie. Il semble être une star dans la mythologie de chaque île, ne laissant aucun doute sur les liens familiaux partagés, même quand les îles sont séparées de 7000 km. Ici, Maui est à l'origine d'Aotearoa; il est celui qui l'a fait apparaître...

Un jour, Maui (tout comme Marc, Barry et moi) est parti à la pêche, accompagné de ses cinq frères. Il était bien loin en mer lorsqu'il sortit son hameçon magique, qui était nul autre que la mâchoire de sa grand-mère sorcière. Même s'il était un demi-dieu et qu'il pouvait probablement choisir l'appât qu’il voulait pour pêcher son souper, il décidât d’enduire la mâchoire du sang de son propre nez. Il attachât l’hameçon dégoulinant à une grosse corde et le lançât à la mer. En deux temps trois mouvements, Maui sentit un poisson au bout de la corde et se mit à tirer. Comme moi, qui criai comme une damnée en essayant d'amener à la surface un gros Grand Daddy Hapuka de 7 lb, Maui utilisa toutes ses forces pour tirer un immense poisson hors de l'eau. Comme dans les histoires de pêche...le poisson était « si gros », « gros comme ça », « tellement gros » qu'il devint l'Île du Nord de la Nouvelle-Zélande. Je ne sais pas ce que Maui a mangé pour souper, mais grâce à ses talents de pêcheur, nous pouvons maintenant rouler sur des routes en tirebouchon entourées de collines; nous pouvons aussi partir sur les flots bordés de grottes, de falaises et de vaches qui broutent pour observer des oiseaux magnifiques et remettre à l'eau (yay, ma partie préférée d'une sortie de pêche) des poissons aux couleurs ravissantes...

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Wednesday, June 23, 2010

Amour à distance

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Ma gorge brûle délicieusement après chaque gorge de bière Bundaberg Ginger que j’avale. L’agréable liquide pétillant non alcoolisé réchauffe mon cœur pendant que je me rappelle les trois dernières semaines passes à Manly. Dieu que c’est bon! Pas de saletés artificielles, seulement du sucre de cane et beaucoup, beaucoup de gingembre... J’ai visité l’endroit où ils la fabriquent et je me sens privilégiée quand j’en bois, très « Aussie » si on peut dire...

Je crois que je me suis sentie très « Aussie » dernièrement... De revenir à son point de départ vous permet de réaliser à quel point vous aimez un pays et ses gens, qu’ils soient de vrais « blokes » et « sheilas » ou des « expats » qui ont choisi l’Australie pour s’établir. Samedi dernier, nous sommes allés pique-niquer au bord de l’océan avec notre amie Marjan (nous avons vécu avec elle à Agnes Water) et nous avons rencontré par hasard cinq autres amis. Nous nous sommes vraiment sentis comme l’une de ces journées de printemps sur la rue Wellington quand nous rencontrons tous nos meilleurs amis, sans l’avoir planifié... Je serai toujours émerveillée du pouvoir des humains de se faire de bons amis si rapidement et de transformer un nouvel endroit pour se sentir chez soi.

Je crois que c’est l’élément qui crée la dépendance des voyages: le sentiment d’être perdu et retrouvé à la fois.

Il est toujours difficile de laisser les êtres aimés derrière soi, mais l’excitation du voyage qui s’en vient et la certitude que ce sera merveilleux de revenir vers ces derniers soulage toujours la blessure. Nous sommes tombés en amour avec de merveilleux amis sur ce 2,8 % de l’immense continent que nous avons visité, et chaque adieu était plus étrange que de que j’ai vécu jusqu’à présent. J’ai toujours dit : « Nous nous reverrons sur la route » ou « Je viendrai vous voir ». Cette fois, je ne disais rien parce que je ne voulais pas dire une chose à laquelle je ne croyais pas. Donc, nous avons quitté des tas de personnes merveilleuses sachant que nous ne les reverrions peut-être jamais, à tout le moins, nous ne voyions pas de possibilité immédiate de le faire. C’est déchirant. Lundi soir, nous avons rendu visite à Julie (l’amie de Magog que j’ai vraiment connue Down Under) et son cher amoureux Martin. Nous avons pris un très bon souper, comme d’habitude, beaucoup ri, comme d’habitude et nous avons laissé nos cœurs surfer sur les vagues lisses de l’amitié. Puis, nous leur avons dit au revoir, après tout ce temps passé ensemble, ces trois dernières semaines, et c’était un vrai au revoir, même si nous n’avons pas pleuré. Étrange, n’est-ce pas? C’est à se demander comment peuvent faire les gens qui doivent laisser leur famille derrière eux...

Ne vous y trompez pas, j’éprouve présentement les sentiments les plus joyeux! Nous partons demain vers de nouvelles aventures dans un pays sauvage de montagnes gigantesques... Je suis tellement impatiente! C’est aussi un pays progressif socialiste, et j’ai l’intention de m’informer un peu plus à ce sujet. La Nouvelle-Zélande a donné le droit de vote aux femmes en 1893...wow! Le Québec a attendu jusqu’en 1940, c’est scandaleux! Les Maoris ont toujours eu droit de parole dans les affaires gouvernementales, ce qui place la Nouvelle-Zélande en tête de file dans la gestion des droits des Indigènes... Avant que je devienne trop « politisée », je devrais attendre de contre vérifier quelques faits! D’ici là Bonne St-Jean et restez au chaud pendant qu’on se les gèle!

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Sunday, June 20, 2010

On se les gèle!

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Ce matin, assise dans le divan blanc, je dégustais chacun des rayons du soleil qui réchauffaient ma peau à travers les fenêtres usées de la véranda. La jungle de plantes et les planches de surf suspendues du plafond semblaient absorber cette chaleur nouvelle avec autant de bonheur que moi : tout étincelait de milles feux sous la lumière chauffante. J’avais envie de ne jamais bouger, de rester là à me faire rôtir et arrêter le temps…

Il est à peine 15 heures et je me retrouve encore avec mon manteau, ma tuque et mon foulard à l’intérieur. Malgré mes grosses pantoufles et ma tasse de thé chaud, mon nez, mes mains et mes bras sont gelés. Les gros palmiers à trois mètres de moi dans la cour arrière semblent se moquer de mon hypothermie. Je les entends dire, comme leurs confrères humains australiens : « Voyons la Canadienne, tu devrais être habituée au froid! ».

MAIS C’EST PARCE QUE CHEZ NOUS ON A DU CHAUFFAGE, BATINSE!

Nous avons commencé à « se les geler » vers le 10 mars, ce qui veut dire l’automne quand nous vivons à l’envers du Québec. C’était alors justifiable car nous dormions dans la voiture, alors finalement presque dehors. À notre arrivée à Melbourne, nous nous sommes rendu compte qu’il était presque préférable de vivre dans une automobile que dans une maison. Ici, le sol ne gèle pas alors les gens n’ont pas de système de chauffage adéquat. C’est même pire que ça : si quelqu’un a un salaire moindre que 100 000 $ par année, il ou elle est confiné(e) à geler entre les vieux murs de sa maison. J’exagère un peu mais quand même, depuis trois mois, nous avons gelé pour une somme de jours plus grande que si l’on avait additionné toutes nos engelures du passé (et cela même en prenant compte du foyer défaillant des montagnes blanches…) Quand nous sommes arrivés à Sydney en Octobre, Julie, mon amie qui y habite, nous avait dit qu’elle venait de passer l’hiver le plus froid de sa vie. Je ne la croyais absolument pas! Voyons donc…les palmiers, les surfeurs à l’année longue. Mais elle avait bien raison!

Alors il fait beau dehors, mais nous vivons à l’intérieur bien emmitouflés, et on prépare des bouillottes pour réchauffer le lit… Mais bon, j’aime bien vivre des situations inattendues!
Nous sommes donc revenus à Manly, Sydney, et il fait bon retrouver nos amis si précieux. C’est vraiment spécial de retourner quelque part après sept mois et de s’y retrouver comme si nous n’étions jamais partis. Surtout dans un endroit où l’on n’avait passé que quelques jours! Avec ce retour à la case départ, je réalise pleinement mon adaptation australienne : je reconnais les mots, éléments du code de la route, oiseaux, aliments, habitudes des gens qui m’avaient déroutée les premiers jours (une déroute souhaitée, bien sûr) et me rend compte qu’ils sont tous devenus partie inhérente de ma vie quotidienne. Il ya juste le froid auquel je m’habitue plus lentement!

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Wednesday, June 9, 2010

Magnifique Melbourne

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Mon cœur baignait dans la nostalgie quand nous avons terminé notre aventure dans le désert. Nous venions de vivre nos dernières nuits dans l’immensité australienne. Après quelques mois ici, vous prenez pour acquis les chaînes de montagnes sans fin et le silence de la voie lactée … Vous prenez pour acquis d’être seul parmi toute cette beauté et de respirer l’air pur. Même si je suis ici depuis un bout de temps, je suis encore émerveillée de voir comment ce pays peut être inhabité. On s’attendrait à voir des villages et des gens entre deux grandes villes comme Melbourne et Adélaïde, mais nous avons dû parcourir 100 km pour trouver des toilettes!

Notre très court séjour à Melbourne a ravivé notre désir d’y rester plus longtemps. C’est une ville tellement stimulante! Nous vous avons parlé de permaculture, de Coop de réparation de vélos et il semble que nous découvrons une nouvelle activité étonnante chaque jour! Même si nous sommes très occupés ces temps-ci, nous avons trouvé le temps de participer un peu : nous avons entendu parler de « Lentil as Anything », un organisme à but non lucratif qui exploite des restaurants où le client paie ce qu’il peut ou ce qu’il pense que la nourriture et le service valent. Ça semble irréel, n’est-ce pas? La majorité de leurs aliments sont biologiques et vous pouvez prendre de délicieux cafés glacés, du chai, du thé équitable, ainsi de suite. Lentil as Anything aborde l’isolation sociale que vivent les nouveaux itinérants et les gens naturellement isolés de la société. Ils offrent du soutien et de la formation aux réfugiés, aux membres de la communauté jeunes et vieux, qui éprouvent des difficultés à s’adapter à leur nouvel environnement social. Ils exploitent même une cantine scolaire de cette façon! Peut-on être plus EXTRAORDINAIRE que ça? La nourriture est spectaculaire. Tout le monde est beau. Le service est impeccable et il y a toujours de la musique en direct ou des expositions multiculturelles quelconques! Vous pouvez manger avec d’autres gens ou vous installer à une table isolée sur la terrasse. C’était la première fois que j’allais dans un tel endroit où l’on peut choisir la communauté ou l’intimité dans un environnement normal de restaurant. Bravo!!!!

Federation Square est au centre de Melbourne. Les touristes et les résidents s’y promènent, visitent la médiathèque gratuite, les galeries d’art et les expositions gratuites ou profitent de l’accès gratuit à l’Internet sans fil. Après avoir battu le record du monde Guinness du plus grand nombre de personnes déguisées en super-héros dans un même endroit, nous étions pas mal affamés. Habituellement, les stands ambulants de nourriture sont interdits, alors nous étions curieux lorsque nous avons vu d’élégants kiosques mettant en valeur des boîtes en bois contenant des fines herbes. Le personnel portait des chemises au logo de StrEAT et le menu, principalement biologique, était plus qu’invitant. Nous avons découvert que StrEAT est une fantastique initiative pour réduire l’itinérance. Puisque c’est un organisme à but non lucratif, tous les profits vont directement aux refuges et à d’autres formidables services offerts aux sans-abris et cela permet à ces jeunes d’apprendre à exercer un métier qui pourra leur fournir un meilleur avenir. Après avoir acheté notre merveilleuse nourriture à conscience sociale, une jeune fille nous a donné une de ces cartes qui disent « Achetez-en dix, obtenez-en un gratuit » qu’on reçoit souvent dans les aires de restauration. Mais cette fois, il y avait une petite touche bien pensée: « Achetez-en dix, et le onzième ira à un jeune sans-abri ». Franchement, wow!

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Thursday, June 3, 2010

Boobook et Lawrence

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Les dernières aventures datent d’un mois… Laissez-moi vous dessiner quelques-uns des paysages traversés.

Épuisés de chercher en vain un emploi, mais pleins de nos nouvelles amitiés, nous avons quitté Melbourne pour parcourir le célèbre Great Ocean Road tant photographié. Le matin suivant, notre équipage se voit agrémenté d’un « pouceux » français qui nous secoue joyeusement les oreilles de ses expressions jamais pour nous entendues. Les magnifiques 12 Apôtres sont vus sous un ciel orageux; ces piliers qui défient la mer nous semblent plus grands que nature illuminés de gris qui devient argenté sous les passages de soleil spontanés. Ce soir-là, grand rêve réalisé : dormir dans un vieux Winnebago au décor kétaine des années ‘60! Le lendemain encore plus de vagues gigantesques qui se fracassent sur les strates de jaunes et d’ocre des falaises. Les monolithes semblent être des sentinelles postées pour protéger des trésors enfouis depuis des millénaires.

On dit au revoir à Xavier et on lui souhaite bonne chance dans sa traversée du désert sur le pouce. Nous arrivons à Adélaïde chez Anna, amie d’une amie de Melbourne qui a généreusement offert de nous héberger. Pataclan! Amitié subite. Les deux jours passés avec Max, Anna, Nico, Mia, les poulets et le jardin sont inoubliables.

Après plusieurs jours de labeur budgétaire aride dans le froid du nouvel hiver, nous partons enfin pour l’apothéose australienne : le Red Centre, le désert du milieu, le plat, plat, plat loin de toute civilisation. Le Premier Peuple a pourtant une histoire pour chaque semblant de colline, chaque rivière sèche, chaque touffe d’arbre et chaque rocher. Le continent australien est pour eux une immense carte « géophonique », si je peux me permettre de proposer un nouveau terme aux linguistes français. Les aborigènes peuvent retrouver leur chemin le long de « chemins de chansons » appris oralement. Tous les éléments du terrain sont chantés au moment même où l’on s’en approche, les chants se basant sur la vitesse de marche pour savoir combien de vers composer entre chaque relief important. J’aurais bien voulu en apprendre quelques-uns, mais cette culture millénaire est plus que farouche et l’asphalte est une voie trop rapide.

Chaque fois que je me retrouve sur les petites routes, à travers le monde, un bonheur immense m’emplit. Le naturel de l’humain à célébrer son « appartenance » est vraiment fantastique. Les motocyclistes se saluent, les voyageurs au sac à dos se disent bonjour et même, souvent, les gens coiffés de mottons comme moi se sourient. C’est la même chose sur les chemins moins fréquentés : on se sourie et on lève la main de notre volant en guise de fraternité.
Sur les routes des montagnes de roc à gravir, nous avons croisé plusieurs super héros : cyclistes parcourant des milliers de kilomètres désertiques et marcheurs prêts à escalader des falaises pour admirer la beauté de leur pays… et tous bien installés dans la soixantaine. Une bonne leçon pour nous qui nous considérions aventuriers!

Rares wallabies, kangourous surpris, émeus curieux, hiboux protecteurs, chevaux sauvages et TROUPEAUX de chameaux étaient au rendez-vous… Oui oui, ils y a 200 ans les Australiens ont fait appel aux Afghans pour construire la célèbre ligne de chemin de fer reliant Darwin à Adélaïde. Bien adaptés au désert, ces grands mous ont procréé et maintenant, on se croirait dans Lawrence d’Arabie au centre de l’Australie!

Nous avons pris le train de cette ligne et à 22 h 30, dans l’obscurité, sans lumière ni route à des milles à la ronde, une dame est descendue avec sa valise. Au milieu de NULLE PART! Un 4X4 est venu la chercher et ils ont démarré à travers les arbrisseaux. Là, je me sentais bien « Down Under ».

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Sunday, May 23, 2010

Relève le menton, regarde la caméra!

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J’entends qu’on frappe doucement à la porte… Je murmure délicatement un « oui? » et je vois pointer des boucles blondes. Avec des sourires gênés et des regards légèrement fuyants, Charlie et Lizzie entrent dans la salle de jeu que nous occupons entièrement avec nos grands corps d’adultes. Je crois les entendre murmurer un charmant « Bonne Fête » et mes doutes sont confirmés lorsqu’ils me tendent deux cartes de souhaits faites à la main. Lizzie a rempli la sienne d’autocollants de fées et Charlie m’a dessinée avec mes quatre grandes tresses rasta. Il me montre aussi fièrement le dessin qu’il a fait de sa maison, habilement conçue comme une grosse bottine avec des fenêtres. Je suis tellement charmée. Je n’aurais jamais cru connaître un matin d’anniversaire aussi touchant dans un pays si étranger. Ils me tendent un sac dans lequel je trouve les pantoufles les plus douces qui soient et mon visage se transforme de surprise, alors que maman et papa m’encouragent à continuer de fouiller dans le sac. Je n’arrive pas à croire à toutes ces marques d’affection d’une famille que je viens juste de rencontrer! Mes explorations sont récompensées quand je trouve un morceau de papier. Jusque là, rien de spécial. Puis je lis ce que l’encre de couleur dévoile fièrement : un souper pour deux au Blue Train Café, d’une valeur de 100 $. Quoi? Vous voulez rire? C’est beaucoup trop… Puis, ils me rassurent, ils l’ont payé seulement 40 $. Quand même… woooooow! Comment peut-on payer 40 $ pour un souper de 100 $?

Après plusieurs « merci », ils s’en vont travailler et je reste avec Marc et ma surprise. J’ai toujours été incapable de justifier de payer 100 $ pour un repas au restaurant… mais la situation est légèrement différente et je réalise que je suis très enthousiasmée par mon repas d’anniversaire! C’est hallucinant de voir combien peu vous avez pour 100 $... et ce café était loin d’être un restaurant cher! Ce qui a fait grimper la note étaient les deux boissons, qui ont coûté presqu’aussi cher qu’un plat principal … Alors, nous les avons vraiment appréciées : un bon vieux « Mojito » et un « Toblerone » très chocolaté. Nous avions vraiment l’air de deux bozos quand nous avons pris une photo de la facture!!!

L’aubaine a été dénichée sur un site Web appelé « Scoopon ». Chaque jour, il y a une aubaine qui ne peut pas être refusée. Par curiosité, nous avons été voir ça. La première chose que j’ai sue, j’étais toute ravie, parce que quelques heures plus tard, je visiterais un monde que je n’aurais pas pu explorer sans l’aide de Scoopon…

Je me suis rendue chez Exclusive Photography avec mes pittoresques vieux vêtements de voyage. On m’a offert le champagne à l’ombre d’immenses portraits de style tableaux ornant les murs. Il y avait là quelqu’un pour me coiffer et me maquiller puis, les vraies choses ont commencé. Damien, photographe professionnel, a habilement mise en scène une sorte de danse que je devais exécuter pendant qu’il se déplaçait autour de moi avec son équipement. C’était très amusant de jouer à la star classique sous les projecteurs… ça n’a pas pris longtemps à Damien pour réaliser que je n’étais pas du type glamour et il a donc commencé à prendre des photos un peu funky. Après 2,5 heures de plaisir, une élégante dame nous a invités dans un salon où nous pouvions visionner les photos sur un écran géant. Du travail fabuleux! C’était vraiment une aubaine de payer 29 $ pour une séance de photo avec métamorphose d’une valeur de 354 $. Alors, vous vous doutez bien que l’entreprise s’attend à ce que vous achetiez plusieurs photos, sinon la totalité. Elles sont toutes tellement belles, alors comment résister?? Je ne voulais rien acheter, mais je me suis informée du prix pour lui faire plaisir… 1 100 $, seulement pour le CD de 18 photos et 200 $ pour chaque épreuve de format 8 × 10. Bon, vous avez sûrement deviné son désappointement! Grâce à Scoopon, j’ai payé 29 $ pour 3 heures magiques et une photo de professionnel de format 5 x 7! Hihihi! De toute façon, je voyage avec le meilleur des photographes…

P.S. Encore merci énormément pour mes cadeaux de fête!

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Monday, May 10, 2010

Une vraie Barbie Hippie cette fois?*

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Il fait gris. Comme plusieurs des derniers jours. Mais ce matin, j’entends bien percer cette grisaille en tendant l’oreille jusqu’à vos cœurs, pour qu’ils soient les métronomes qui rythment mon écriture.

J’ai déjà commencé à voir le soleil en lui faisant ma salutation yogique et en lisant un livre sur les fées auquel je n’ai pu résister la première semaine de notre voyage. Je le lis en rafale car je crois avoir trouvé une bonne maison pour lui. Un nid douillet où vivent princesses et gentils monstres, génies et sorcières blanches et où on saura apprécier les images vaporeuses et les recettes magiques du livre.

Nous n’avons pas voyagé beaucoup depuis le 20 avril, mais nous avons visité les passions et l’histoire de la famille Deakin, et avons été abondamment couronnés de leur générosité. Notre univers fut peuplé de conversations sur les nouveautés LEGO, les marchés bio, la permaculture, les jeux de société, les fées, les sabres laser et les films de Barbie.

Depuis que je suis assez grande pour me comparer aux autres et remarquer mes imperfections, j’ai blâmé bien des manques de confiance en moi sur Barbie et son équipe sociale de modèles malsains. L’apothéose de ma frustration fût quand l’on m’a appris que ses mensurations ne lui permettraient jamais de se tenir debout, si humaine elle devenait. Et bien vous comprendrez que je n’avais pas le cœur à regarder un film mettant en vedette miss tout-en-rose vendredi dernier. J’avais l’impression que mon boulghour bio aurait de la difficulté à passer. Mais la vie m’a déjouée en m’enseignant une fois de plus que la beauté est partout, et souvent où on s’en attend le moins. N’allez pas croire que Barbie était vêtue de poignées d’amour et coiffée de cheveux en « mottons »…j’aurais été bien trop flattée…

Barbie, encore un bambin, fut naufragée sur une île déserte où les animaux l’ont élevée. Elle peut leur parler, prend soin d’eux et chante (à chaque 5 minutes) la beauté du monde et l’importance de prendre soin de la Terre Mère. Un prince aventurier la trouve et l’amène à son château où elle souffre car elle n’a aucune étiquette et préfère de loin grimper aux arbres avec les singes. Bon bon, c’est certain qu’il tombe amoureux mais quand même, il doit refuser la main d’une princesse de bon rang qui aime la harpe et ne monte pas à cheval pour finalement épouser Barbie. Quel scandale à la cour! Malgré l’extrémisme du kétaine, j’ai bien mangé mon boulghour et Barbie m’a surprise. Et au lieu d’aller faire du shoping, elle a « recyclé » des éléments de la nature pour se faire une robe. Les amis, y’a de l’espoir!

Le soir du 24 avril fût mon party de fête. C’est quand même incroyable de pouvoir organiser un party avec des bons amis après seulement un mois à Melbourne! Encore une fois les nippones ont enjolivé la soirée de leurs caméras et de leurs cris d’excitation…cette fois parce qu’elles n’avaient jamais vu de mais soufflé au micro-ondes!

Le 25, nous sommes allés à un festival amassant des fonds pour sauver des forêts australiennes et philippines. C’était tellement goûteux de se retrouver parmi des amis, même si ils étaient inconnus! Comme dans un rêve, tous les sosies de nos bien-aimés semblaient être rassemblés pour danser devant les Barons of Tang, qui rappellent Grim Skunk et Gogol Bordello, Combat Wombat et les Loco Locass de la région. Salon de Narguilé gratuit, cuisine pirate végé, coupes de cheveux grunge à contribution volontaire et même vrais tatouages sur place…De quoi s’inspirer pour un bon bout et surtout beaucoup de sous pour régénérer la forêt!!!

*Titre dédié à la si belle Sophie Laplante

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Monday, April 26, 2010

Une bonne étoile

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C’est notre 20ème blogue!! Merci énormément d’être nos loyaux lecteurs, ça remplit notre routine quotidienne de vos sourires.

La vie est une vague si puissante. Quand vous pensez que vous aller vous échouer sur le rivage, le courant vous ramène dans la vague déferlante. Ne croyez pas que nous étions sur le point de nous échouer; j’aime seulement le langage pictural de l’océan. Au moment précis où, épuisés, nous déambulions dans Melbourne sans endroit où aller, Katie, la sœur de Cécilia nous a invités à rester chez elle et durant notre séjour chez Katie, une charmante famille nous a invités chez eux pour quelques jours. N’est-ce pas merveilleux? Et il y a encore des gens qui essaient de me décourager de croire en la véritable bienveillance des êtres humains et au pouvoir du synchronisme…

Cabeza
Pendant que nous essayions de trouver du travail sur le sofa de Katie, surplombant le zoo de Melbourne du 7ème étage, Elijah et Raphael apprenaient à manger une banana entière sans aide et à mettre les mains sur leur tête quand papa disait “cabeza” (il vient du Timor-Oriental, qui soit dit en passant, possède une histoire très intéressante… allez voir sur Wiki). De voir des jumeaux de 10 mois apprendre à devenir des êtres humains est aussi fascinant que n’importe quel musée!

Ancien dépotoir
Il y a 25 ans, des hippies visionnaires ont décidé de transformer un dépotoir local où aucun arbre ne poussait en un complexe urbain de permaculture. Ça peut sembler familier à plusieurs d’entre vous, comme une utopie à laquelle nous aurions tous rêvé. Mais ils ont réussi et c’est maintenant un endroit immense qui traite de problèmes de justice sociale aussi bien que d’environnement. Plusieurs choses étonnantes se produisent là chaque jour; c’est au-delà de mes rêves les plus fous. Nous avons découvert ce village écologiquement viable et inspirant le jour de leur Festival de la récolte, où nous avons écouté des chorales de musique du Monde dans les jardins gigantesques, éclairés par des lanternes féériques. Nous nous sommes joints à 148 autres partisans d’un futur plus heureux pour un célèbre festin, préparé par des immigrantes faisant partie d’un projet d’intégration, avec des légumes biologiques produits à la ferme. Wow! Et pour couronner le tout, nous avons d’abord rencontré Charlie, qui nous a montré sa maison dans les arbres, faite de roues de bicyclettes recyclées, puis ce furent Lizzie, Colleen et Rob. Nous avons sympathisé immédiatement : des gens brillants, curieux et intelligents formant une charmante famille. Nous nous sentions si bien avec eux, que nous habitons maintenant chez eux (jusqu’à ce que nous trouvions du travail et un logement, bien sûr)!

Un petit peu d’espoir
Le Tibet n’a peut-être rien à voir avec l’Australie, mais je voulais vraiment partager quelque chose avec vous. Comme j’essaie toujours d’apprendre et de faire plus pour la justice sociale, j’ai accouru au centre ville de Melbourne quand j’ai entendu parler d’une conférence sur les effets des changements climatiques sur les peuples nomades du Tibet. Je m’attendais à verser des larmes comme d’habitude, mais les discours ont conclu sur une note tellement positive que je voulais que le Monde soit au courant pour rester motivé à appuyer ce peuple brutalisé. Il y a un mouvement au Tibet, amorcé à cause de la tempête de protestations entourant les Jeux olympiques, dans lequel les Tibétains sont Tibétains une fois par semaine. Ils n’utilisent pas de mots chinois et ne mangent pas dans des restaurants chinois. Ils peuvent ainsi manifester leur volonté sans risquer d’être tués ou emprisonnés. Ce simple geste a ramené la langue tibétaine dans leur vie et maintenant, les gens peuvent avoir leur page Facebook dans leur langue, Il y a même des vidéos de hip-hop tibétain sur You Tube. Voilà un autre exemple qu’il ne faut pas sous-estimer les effets des petits gestes!

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Monday, April 19, 2010

Pas besoin de payer pour une leçon de calme Qi-Gong…

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On dirait que c’est triste de prendre une semaine de répit de notre blog. C’est comme si vous nous manquiez. Comme si on ressentait un manque de vos yeux sur nos mots. Je suis contente d’être de retour!

Le grand maître Qi-Gong Xhan-Fan Soa Ka Liay* m’a doucement annoncé que j’avais le droit de ne pas toujours être mégasupertoujours positive dans l’tapis. Hier j’ai donc accepté le fait qu’être pris sans logis, sans emploi au cœur de Babylone au début de l’hiver australien pouvait être drainant, même si c’est une situation que l’on choisit en optant pour le nomadisme. Une fois cette réalisation bien ancrée dans le calme de mon être, tout est redevenu multicolore d’un seul coup, et j’ai vu une fois de plus toutes les magies qui se passent dans ma vie. Une fois le problème observé et accepté, il revêt un manteau d’apprentissage positif.

Pas besoin de payer pour réaliser un grand rêve (en plus!)

Qui a lu Mémoires d’une Geisha? J’ai l’impression qu’une personne sur deux a lu cet excellent « bestseller », car le soir où j’ai marché à petits pas vêtue d’un joli kimono violet, tous semblaient commenter mon apparat d’après ce qu’ils avaient appris dans cette histoire. Comme quoi on ne sait jamais quand ce qu’on lit dans les fictions nous servira à soutenir une conversation huppée! Le soir du 10 avril, je jubilais. J’étais tellement émue de voir Mariko nouer l’obi rouge de mon kimono, j’ai presque gâché mon beau maquillage! Elle était complètement absorbée par la tâche et me barouettait de gauche à droite pour tirer sur le tissu qui n’en finit plus. Un petit coup sec sur le collet pour dévoiler la nuque et elle criait comme une gamine : « sexy! »! Un mouvement élégant pour m’enseigner à dévoiler le dessous de mon poignet et elle s’exclamait : « sexy! »! Ses yeux brillaient de fierté lorsque j’ai réussi à m’agenouiller sans faire ouvrir outrageusement la fente du kimono. Finalement, après une ribambelle de « sexy! » plein d’émotions, elle m’a expliqué que la mèche de cheveux libre sur le côté gauche de mon visage signifiait mon état sauvage et excitant et mes cheveux bien lissés du côté droit, ma discipline et ma soumission, qualités attrayantes dans la culture japonaise. Ma première heure au party costumé s’est passée dans l’attitude la plus nippone, mais je me suis bien vite rendu compte que j’avais besoin de bouger un peu plus, que j’avais besoin de plus de rondeur. Alors, j’ai essayé quelque chose de jamais vu, qui a fait exploser de rire les amies japonaises ainsi que la sélection multiculturelle qui peuplait le salon; j’ai dansé sexy-afro-hip-hop style dans un kimono extra restrictif. C’était un conflit culturel intense. Sérieusement, c’était quelque chose de fusionner des cultures si lointaines qui en plus ne sont même pas miennes!

Parlant d’échanges culturels, je voulais aussi mentionner que je n’ai pas eu besoin de payer pour être témoin d’une « première fois » enlevante… Lorsque je préparais à diner pour l’équipe de tournage d’un documentaire sur la permaculture urbaine (sous l’œil vigilant de la caméra), j’ai tendu une carotte et une râpe à ma chère Mariko, afin de pourvoir la salade d’orange vif. Elle n’avait jamais râpé de carotte de sa vie, et elle trippait ben raide! Comme quoi quelque chose de banal pour nous ne l’est pas nécessairement chez les Nippons!!!

*Jean-François Carrier

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Monday, April 5, 2010

De Shodo à ikebana, de Bono et bien sûr Cécilia

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La vie est vraiment magique. Imaginez que vous trouvez de la poudre d’étoile au lieu du sel dans votre salière un bel après-midi ensoleillé : votre soupe deviendrait un champ recouvert de millions de fleurs et vous, en volant, seriez le vent qui les fait danser. Après plusieurs tourbillons élégants, vous descendriez probablement doucement en flottant pour atterrir sous un parasol de dentelle dans le jardin de Cécilia, vos pieds glissant délicatement dans les pantoufles fleuries japonaises.

La poudre d’étoile a commence à chatouiller nos yeux et nos cœurs quand Marc a trouvé ce petit paragraphe à propos de Cécilia dans le livre de WWOOFing. Une simple page grise remplie de petits caractères a soudainement semblé s’illuminer. La permaculture urbaine et la culture japonaise vivant en harmonie au centre de Melbourne, sous un toit de vieilles briques pittoresques ornées de spirales de fer forgé! Nous avons bondi dans Shocker, voulant prendre part à un environnement qui pouvait rassembler la ville et les jardins verts.

Sur la route vers notre nouvelle vie, nous avons déambulé dans le plus vieux et le plus grandiose labyrinthe de haies d’Australie, sur la péninsule de Mornington, à des lieues au Sud de Melbourne. Ses jardins environnants fantastiques étaient seulement un prélude à l’existence veloutée qui nous attendait, sans parler du parallèle à faire entre le labyrinthe de haies et les avenues et allées de la Métropole.

Pour tisser un peu plus de diamants dans notre tissue de voyage, Cécilia la professeure de permaculture, traductrice japonaise, étonnante couturière et grande chef cuisinière m’a offert un massage lors de notre première soirée dans sa somptueuse chaumière. Wow!!!! Au moins une HEURE de pur délice sous les lumières roses tamisées. Depuis lors, nous avons travaillé en grande osmose et réussi de merveilleux chef d’œuvres, comme un luxueux souper pour le grand maître de la science cognitive, Edward de Bono (voir le grimoire Wiki pour plus de littérature à propos de ce grand et charmant millionnaire).

Cécilia m’a fait connaître l’art de l’ikebana, et elle croit que j’ai un grand talent. Étant elle-même une très talentueuse artiste qui crée des mondes durables aussi bien sur toiles que sur balcons, je me sens extrêmement reconnaissante de sa confiance et de ses encouragements. J’ai créé plusieurs arrangements floraux dans lesquels j’ai marié fruits et feuilles, fleurs et branches pour rassembler le ciel, la Terre et l’homme tel que préconisé par les 500 ans de tradition de la Terre du Soleil levant.

Il semble que le lointain Nihon m’attendait dans l’alcôve de cette maisonnette. De souriantes et courtoises jeunes Japonaises sont devenues mes amies après avoir partagé avec moi de nombreux rires à propos de leurs dictionnaires numériques Japonais-Anglais. Comme j’ai toujours été attirée par la danse complexe et passionnée du pinceau sur le papier de mûrier, un soir, je me suis décidée à essayer le shodo, ou la calligraphie japonaise. La « façon d’écrire » arête et repart, comme de courtes ou longes respirations qui vont de pair avec nos émotions changeantes. Pour une raison que j’ignore, ma première tentative s’est avérée un étonnant succès, si vous oubliez que j’ai écrit de gauche à droite au lieu de droite à gauche, ce qui a fait rigoler mon maître Tamami. Je vais m’assurer que ma danse du pinceau aura des suites comme je vais m’assurer de vous tenir au courant de mes nouvelles aventures dans a chaumière féérique du quartier Nord de Melbourne.

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Tuesday, March 30, 2010

Retour à la civilisation

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Après être sortis vivants des immenses nuages de sauterelles qui prennent le bush d’assaut, nous sommes finalement arrivés là où ça sent bon l’exhaust (à lire à la québécoise : exâââs). Tout d’un coup, les rues fourmillaient de visages aux larges lunettes de soleil et de vitrines avec des clins-clans inutiles ou des vêtements plus mode. Les restaurants nous invitaient avec de la nourriture colorée (vivement plus de salades!) et des tables joyeusement disposées sous le soleil d’automne. Comme vous vous en doutez bien, la ville a aussi semblé aspirer un peu de la bonhommie des résidents des campagnes. Déjà, mes sourires et « g’day » tombaient un peu plus dans l’oubli, répondus seulement par la moitié des gens croisés.

Je me suis rappelé mes premiers pas en sol états-unien après ma longue aventure en Amérique latine. Comme j’avais eu peur! Peur de ne jamais retrouver la fraternité entre étrangers partagée dans les rues des villages. Ici, c’est surtout la fraternité des haltes routières que j’avais du mal à quitter, et bien sûr la tranquillité sécurisante des rues presque désertes, seulement vêtues du chant des perroquets et du bruit des camions lourds. L’Australie est magnifique pour un tas de choses, dont son système de haltes routières aménagées pour les campeurs. On y dort gratuitement, parfois avec pour seules amies les étoiles et parfois bercés par le grondement incessant des trains routiers. La terre des koalas étant immense, le « road trip » est une formule prisée chez ses résidents. Dans les haltes se forment des communautés aux liens serrés chaque soir, dans lesquelles les caravaniers perpétuels ou en vacances partagent leurs histoires, leurs visions politiques ou les aventures de leurs enfants au large. Tout ça autours d’une bière Aussie, une sorte de liquide jaunâtre très amer (merci Québec pour tes bonnes bières!). J’appréhendais donc une adaptation un peu ardue à l’environnement urbain, mais je savais aussi qu’elle serait couronnée d’émerveillement à la tonne.

Comme Marc vous l’a déjà mentionné, notre première incursion à « Babylone » fut récompensée par une attaque en plein parc familial. Gros coup dur pour le cœur planétaire; pour mon cœur de mère universelle, pour mon cœur de repriseuse de droits humains (et qui aimerait l’être toujours plus activement). Il y a tellement d’enfants sans enfance. Merci à tous mes amis qui guident merveilleusement les leurs sur cette terre, et les parents qui les ont si bien guidés et qui continuent j’en suis sûre. Il n’y avait aucune peur à avoir pour notre sécurité, étant avec plein de familles un dimanche ensoleillé, mais bien des réflexions à faire sur des sujets qui semblent parfois ne pas avoir de porte de sortie. Nous étions bien déçus de voir que malgré notre authentique intérêt et foi en la richesse du peuple aborigène, nous retrouvions souvent ses membres en situation sociale précaire. La situation de peuple conquis est vraiment compliquée et profondément triste. Ce qui est important de mentionner par contre est que l’enfant qui a frappé Marc était un des deux blancs de la bande. Peut-être que ça ne veut rien dire, ou peut-être que les sociologues trouveraient une explication intéressante à ce phénomène. Malgré cet incident, nous continuons à nous intéresser à toutes les cultures et surtout à profiter de la manne de rencontres ethniques et éclectiques que nous procure la ville. Nous arrivons à Melbourne le sourire aux lèvres et plein de volonté dans nos bagages.

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Tuesday, March 23, 2010

Trop de choses à dire…

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Ne jamais prendre la même route deux fois, c’est un peu notre devise. C’est pourquoi, lorsque nous avons quitté Magnetic Island le 1er mars, nous avons décidé de traverser l’Australie du Nord au Sud en prenant par le Bush, l’antichambre du fameux « Outback ». S’étendait devant nous un parcours dans le Grand Territoire Inhabité, si je peux me permettre de lui donner un nom. Ce fut une méditation souveraine, un « heureux choix » rempli de paysages surprenants, un exercice de respiration d’air frais formidablement bénéfique et une rencontre fantastique avec des cowboys et d’autres du même genre.

Notre premier arrêt fut à Charters Towers, 133 km à l’ouest de Townsville. La pittoresque rue principale avec son étalage de fer forgé tel de la dentelle aux coins des édifices a fait fondre nos cœurs sous un soleil éclatant. Déjà, on pouvait voir des adolescents se promener affublés de l’attirail classique du cowboy : chapeau, bottes, et jeans à taille haute. J’étais follement heureuse (vous savez comme j’aiiiiiime me trouver dans des endroits qui ne me sont pas familiers…).

Plusieurs personnes avaient un petit sourire mystérieux quand nous leur faisions part de nos plans de route. Nous avons compris pourquoi quand, épuisés mais dynamisés, nous sommes arrêtés dans un mini-village pour passer la nuit dans notre tente après avoir parcouru environ 400 km sur une route n’ayant RIEN que les horizons infinis devant soi. Il n’y avait eu qu’un seul arrêt: un commerce vide avec deux pompes à essence, un cowboy qui fumait et un chien qui dormait. Nous avons aussi fait des signes de la main à quelques vaches solitaires, mais elles étaient trop occupées à brouter pour nous répondre. Alors, nous nous sommes retrouvés à Clermont, au pays des gemmes. Là, nous avons rencontré des gens qui vivaient dans un petit parc pour caravanes et gagnaient leur vie en vendant l’or qu’ils trouvaient en fouillant un peu partout. Ils vendaient des détecteurs de métal et essayaient de nous convaincre que nous pourrions gagner notre vie en creusant dans les roches, mais nous devions apprendre comment faire en achetant d’abord un DVD à 79 $...

Puis nous avons atteint les inondations. Il n’avait pas plu autant depuis plus de 150 ans. 80% de la population de St-George a été évacuée. Mais voua savez quoi? La tristesse de perdre sa maison et ses biens était occultée par la joie extrême d’avoir finalement survécu aux dix ans de sécheresse et d’avoir des réservoirs d’eau rempli pour désaltérer tout le monde pendant des années. C’est toujours agréable de voir du bonheur sortir du malheur.

Pendant le voyage, nous avons vu des prairies luxuriantes et des champs desséchés ; partout, le maître pasteur avait réussi à créer un pays adapté pour ses différents cheptels. Comme nous descendions vers le Sud, les vaches côtoyaient des troupeaux immenses de moutons, quelques émeus, une poignée de cerfs et d’alpagas, tous visités par une foule d’oiseaux amicaux, de lapins et bien sûr, de kangourous. Au centre de la Nouvelle-Galles du Sud, nous avons traversé d’immenses champs de coton, de maïs, de lavande et avons vu plusieurs oliveraies. Je vous jure que les petits villages que nous avons traversés n’ont pas vu beaucoup de touristes d’outremer. Un ami australien que nous avons rencontré en chemin nous a aussi affirmé que nous avons vu des paysages que seulement environ 0,2 % d’Australiens ont vus. Eh bien, c’était quelque chose, de prendre une bière de gingembre Bundaberg dans une taverne perdue, fréquentée par des cowboys éreintés.

Chaque village veut tellement kidnapper les voyageurs un moment, qu’ils vous invitent, l’un après l’autre, à plus ou moins 100 km l’un de l’autre, avec de grands panneaux vous informant qu’ils étaient la ville la plus propre d’Australie en 2006, ou la ville la plus amicale du Queensland en 2008, une avait même l’audace de se vanter d’être la capitale du sport d’Australie (!?!). De plus, ils ont l’air de demander à tous leurs concitoyens d’amasser leur vieil équipement agricole, leur argenterie et toutes sortes de bricoles pour créer des musées de fortune, parce que chaque petite communauté nous invitait à visiter leur musée patrimonial dans un grand hangar au milieu du village. Par contre, ils peuvent sans gêne vanter les qualités de leurs aînés, car, partout où nous arrêtions, nous avons rencontré ces gentilles fées du Bush aux blancs cheveux, toujours émerveillées par nos aventures et nous offrant leur plus beau sourire …Nous préférons vraiment les musées patrimoniaux « vivants »!

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Monday, March 15, 2010

La poésie des Bottle Trees

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Sur les vallons vert tendre, mes yeux se perdent à l’infini. Le soleil brille entre deux pluies et parait raviver une rosée scintillante sur chaque brin d’herbe de l’arrière-pays. Mon regard se réapproprie l’horizon et sautille de chef-d'œuvre en chef d’œuvre, tous bien différents les uns des autres, tous uniques.

Ils m’attirent et me réveillent, m’émerveillent et me rappellent le besoin de célébrer la vie. Ces œuvres d’art naturelles sont pour moi des femmes. Des femmes dans toute la splendeur de leur grande variété de formats, toutes aussi magnifiques les unes que les autres dans leur unicité. Elles sont grandes et longues, petites et rondes, certaines ont la taille fine et des hanches comme des collines et d’autres nous surprennent pas la rondeur de leurs fesses. Il y en a même qui ont l’air de porter la vie. Mais, toutes sans exception lèvent leurs bras vers le ciel, qui semblent nous inviter à danser, à célébrer la beauté dans sa variété. En ce mois hôte de la journée internationale de la femme, en voyant cette manifestation de la nature, j’ai réitéré mon souhait de voir un jour des sociétés où les femmes sont bien dans leur peau peu importe le dessin de leurs courbes.

Je vous décris ma vision un peu romancée des Bottle Trees, espèce d’arbre très similaire en apparence aux baobabs, qui peuple les abords des routes désertes du Central Queensland. Juste à les regarder, je me tortillais dans la voiture tellement l’envie de les joindre dans leur danse toute ronde était forte. Une fois arrêtée dans un village de quelques personnes, souvent niché dans le milieu de je ne sais où, je me déliais les jambes en aidant Marc à monter le campement de fortune pour la nuit.

Par un bel après-midi doré et silencieux, quelle ne fut pas notre surprise de voir apparaître un petit homme, tout droit sorti des bois où, nous croyions, vivaient seulement les wallabies, kangourous et wombats. Il marche d’un pas décisif, mais saccadé, ses yeux bleus rivés sur Marc qui s’apprête à devenir « bush mechanic » d’un jour. Richard s’est établi en Australie en 1959 et n’est jamais retourné en Pologne, son pays natal. Il a par contre construit son propre grand voilier dans la baie de Sydney et est parti vivre en Papouasie Nouvelle-Guinée et en Indonésie pour à peu près 10 ans. Dans les années soixante, les îles étaient encore des paradis presque intouchés par l’empreinte occidentale. À travers ses vieilles photos, nous avons vu des tribus danser et des jeunes filles poser, un sourire coquin en coin, bien sur dédié au nomade polonais-australien. Richard nous a partagé ses 73 ans de vie en une seule matinée, avec une simplicité désarmante qui nous a réchauffé le cœur pendant que la pluie refroidissait le continent une fois de plus. Assis à travers toutes ses breloques accumulées au fil de ses vingt ans perdus dans le bush, dans sa maison à l’odeur d’humidité, nous lui avons offert de la compagnie comme il en reçoit rarement. En nous montrant fièrement les arbres fruitiers et les jardins qu’il a plantés, Richard a dit : « I like seeing things grow ». Et bien, avec ce que j’ai connu de lui en un matin, je suis sûre qu’il aurait été un bon grand-papa.

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Monday, March 8, 2010

Cendrillon et les koalas

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Il y a environ un mois, j’étais fatiguée de sentir que je pourrais faire plus pour la planète. Je me sentais tout sauf utile, que ce soit pour les gens ou pour la nature. Alors, j’ai commencé à chercher de l’information sur les projets de bénévolat en nature et conservation de la faune. J’ai trouvé un projet d’échange de travail qui permettait d’approcher la faune australienne dans un environnement pédagogique. De plus, il était mentionné que nous travaillerions avec des animaux blessés. Marc et moi étions tellllllement captivés, que nous avons changé nos plans pour nous diriger vers cet endroit au Nord, Magnetic Island.

Le plan était que nous alternerions le travail : je ferais l’entretien ménager pendant trios semaines pendant que Marc travaillerait avec les animaux et nous ferions l’inverse pendant trois autres semaines. Tout semblait beau, alors on a offert à « Shocker » un voyage en traversier et nous sommes arrivés sur cette magnifique île à quelques kilomètres à l’est de Townsville, dans le Queensland tropical.

Nous sommes restés ici seulement une semaine et nous partons demain matin.
Mais avant de vous dire pourquoi nous partons, je veux vous parler de la magnificence de Magnetic, affectueusement nommée « Maggie » par les résidents. C’est complètement différent du reste de la région. Dès qu’on aperçoit ses littoraux et sa végétation. Nous sommes transportés par un tourbillon de souvenirs qui transforment l’instant présent en un plaisir culminant. Les arbres à feuillage persistent qui peuplent les collines apportent des odeurs de chez nous et la façon dont ils se mêlent aux jolis rochers colorés nous ramènent au merveilleux Big Sur et au nord de la Californie. Cette île est certainement un vortex de quelque sorte, car vous avez l’impression d’être transporté dans un immense site sacré où des ancêtres de pierre protègent vos pas à chaque tournant du chemin. Les formations rocheuses roses qui s’élèvent inspirent le respect et l’émerveillement devant cette île presque inhabitée. Leur forme ronde évoque la sensualité des dunes du désert et sont parfaites pour s’y étendre quand elles ont absorbé les bienfaits d’une journée entière de soleil. Ce qui est encore plus merveilleux à propos de Maggie, c’est qu’il s’agit d’un refuge de Koalas, et que vous pouvez vraiment repérer des taches de mignonnes petites boules de fourrure grise en train de manger des feuilles d’eucalyptus, confortablement assises à la rencontre de deux branches. Les koalas ont beaucoup d’amis sauvages aussi. Rien qu’en se promenant autour de l’auberge où nous logeons, nous avons vu plein de wallabies (même en plein jour!), beaucoup de mignons opossums essayant de s’approprier notre nourriture et plusieurs familles de courlis, l’oiseau avec lequel je suis tombée en amour en novembre dernier dans un parc faunique. Le courlis a de beaux grands yeux séducteurs et est tellement élégant sur ses échasses. Je dois par contre admettre qu’il émet des sons vraiment étranges…ainsi que presque toute la faune australienne, incluant notre mignon koala, qui renifle un peu comme un porc, mais en pire.

Alors, pourquoi partons-nous? Parce que, pour la première fois dans la vie de Steph, elle a eu affaire à un méchant patron, qui semblait prendre plaisir à donner à tous l’impression d’être stupides. Pour la première fois, j’ai senti mon amour inconditionnel être défié et j’ai prié pour être suffisamment « zen » pour transformer toute cette négativité en énergie positive à mesure que le temps passait. Comme je n’étais même pas payée, nous avons simplement décidé de dire notre sincère au revoir à nos amis de la faune et de prendre un nouveau départ. Steph et Marc reprennent la route, prêts pour de nouvelles aventures qui transforment la vie!

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Tuesday, March 2, 2010

Theresa

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Mes gros écouteurs sur les oreilles, j’écoutais avec plaisir ma belle amie Donelle me donner de ses nouvelles depuis les lointains États-Unis d’Amérique. Comme plusieurs de mes beaux amis, je partage avec elle un intérêt marqué pour les cultures autochtones des quatre coins du monde. C’est toujours un peu comme tomber en amour avec le gars le plus populaire de l’école : c’est un amour presque impossible. Se rapprocher de sociétés meurtries est difficile. Comment agir? Démontrer trop d’intérêt peut les agresser et essayer de ralentir le feu de la curiosité peut nous faire passer à côté de plein d’opportunités… Combien de fois nous sommes nous perdues dans le labyrinthe de questions sociologiques qui accompagne tout sujet relié à l’état des Premières Nations…

Afin de ne pas se perdre une fois de plus, je vais continuer ma petite histoire (!). Quand mon tour fut venu de raconter mes nouvelles du bout du monde, je me suis accroché les pieds dans le sujet épineux des aborigènes australiens. Plus nous progressons vers le Nord, plus leur présence se fait marquée et plus les gens nous mettent en garde contre les vols, viols, et toutes sortes d’autres crimes supposément commis en grande majorité par des « Blackfellows ». Jamais ces faits ne nous découragent de visiter de plus en plus de centres culturels aborigènes et de nous informer sur ce que nous pouvons faire pour en apprendre plus sur cette culture millénaire. Mais la blessure centenaire est là, bien souffrante, et se ressent partout à travers la haine entre les blancs et les noirs, même si celle-ci se noie parfois dans des tentatives mutuelles de comprendre la culture de l’autre. On marche toujours sur des œufs. En plus, les opportunités de se rapprocher de communautés autochtones sont rares et difficiles d’accès. J’ai postulé pour un projet de bénévolat de 2 mois dans des petites communautés, mais il fallait avoir résidé en Australie depuis au moins 12 mois. Et le projet que Marc et moi chérissions beaucoup en Terre d’Arnhem se révèle complètement trop cher : on nous demande 800 dollars chacun pour une semaine.

Après avoir partagé mes sentiments avec mon amie, Marc et moi avons mis le cap sur un petit marché local. Et derrière une des tables se trouvait Theresa, ses grosses lèvres obscures trônant sur les reflets d’ocres de ses toiles aux histoires ancestrales. Je me précipite vers elle, renouvelant ma pensée positive. Depuis des mois, je rêve d’acheter une pièce d’art aborigène; mais vous me connaissez bien, je l’achèterai seulement lorsque je serai certaine que c’est équitable pour l’artiste. Voilà ma chance. Theresa commence à parler comme une des abondantes cascades de la jungle environnante. Elle parle! Presque plus que moi! Elle raconte son peuple, qui vient du coin de Darwin. Elle me parle des « dreamings » de ses 7 enfants, dont le gecko, et un joli échassier nommé curlew. Dans sa tribu, lorsqu’un enfant est encore tout petit, la famille porte bien attention à des signes que la nature donne pour trouver l’animal auquel le petit sera associé toute sa vie. Comme un animal totem. Un guide spirituel du monde sauvage. Avec elle, je ne me sens pas mal d’être blanche. Et ça, c’est précieux. Ses enfants me sourient, et nous achetons une toile magnifique, avec une histoire bien réelle qui j’espère contribuera à préserver un peu plus cette culture qui se meurt.

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Tuesday, February 23, 2010

Le marécage de l’éternelle puanteur

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Le gobelin au très gros nez guide la jeune fille dans le marécage sale et boueux. Les eaux vaseuses éructent des gaz nauséabonds, ce qui rend l’expédition de sauvetage du bébé très difficile…

Vous me suivez?

Le marécage de l’éternelle puanteur n’est pas un produit de mon imagination : il existe dans Labyrinthe, le film de Jim Henson mettant en vedette David Bowie en affreux collants de couleur pastel. Bon, maintenant, vous vous demandez où je veux en venir avec ça.

Dans la forêt tropicale humide, l’eau est limpide comme du cristal et voyage souvent dans de grandes cascades qui dévalent les falaises. Les montagnes ressemblent à des champs d’émeraude, leurs cimes lointaines couronnées de nuages légers et laiteux. Il n’y a certainement pas de marécage qui éructe et je n’ai pas aperçu de gobelins, même si j’ai rencontré beaucoup de leurs magnifiques compagnons tels les papillons bleu métallique et les minuscules martins-pêcheurs violet et orange. Mais après quatre jours vécus à l’extérieur dans le Paradis, durant la très puissante saison des pluies, je me sentais un peu comme quelqu’un qui aurait essayé de survivre au marécage de l’éternelle puanteur.

Tous les rares effets que j’avais laissés à l’extérieur, les plantes, le chien, mes cheveux, mes chaussures, le chapeau de Marc et mon corps tout entier ont commencé à moisir. Parce que, vous voyez, il pleut chaque jour, sans arrêt. De plus, même si vous sentez la moisissure, il faut quitter la canopée dense pour voir la couche de velours bleue qui couvre votre glacière, vos shorts, vos bas et vos sous-vêtements. La forêt tropicale humide est si dense que vous passez la presque totalité de votre temps sous une lumière qui émule les teintes dont la brunante peint le ciel. Je ne le croyais pas mais, même mon imperméable Patagonia, à la fine pointe de la technologie, était moisi. J’ai dû le faire tremper dans le vinaigre.

Néanmoins, la forêt tropicale HUMIDE est magnifique à couper le souffle, luminescente sous le millier de gouttelettes de pluie qui nourrissent le sol pendant quelques mois. Chaque feuille, de la petite feuille du bouleau au gigantesque « éventail » du palmier, étincelle comme un feu d’artifice sur un lac brumeux.

Quand vous vivez et participez au WWOOF (Programme World Wide Opportunities on Organic Farms) au « Platypus Bush Camp », vous finissez par envier vos amis les ornithorynques de la rivière, car ils ont une excellente protection contre l’humidité … Et cela vous fait apprécier le plus simple des conforts : une chose que l’on nomme « intérieur ». Depuis que nous avons commencé notre périple en Australie, Marc et moi avons vécu dans l’automobile pendant environ un mois, puis dans une petite tente pendant deux mois. À la fin de cette aventure dans la jungle, je réalise, encore une fois, combien il est merveilleux de CHOISIR sciemment de réduire son niveau de confort. Cela vous fait tellement plus apprécier les petits détails. Je suis extrêmement heureuse rien qu’à sentir des vêtements fraîchement lavés, des draps propres contre ma peau, à l’idée d’un lit et à l’odeur d’un bon thé. Je n’arrive même pas à décrire le bonheur de trouver un sofa douillet pour m’y étendre …

J’ai toujours cru que le bonheur était tissé des petites choses de la vie. Bien sûr, j’y ajouterais la splendeur des êtres aimés, qui seraient les perles incrustées dans le tissu, le rendant éternel, puisque les perles ne disparaissent pas avec le temps. En plus, elles apportent un éventail de couleurs irisées qui soutiennent nos humeurs et nos espoirs renouvelés …
Merci d’être là!

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Tuesday, February 16, 2010

Tatouages d’aisselles

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Nous avons presque tout inventé pour nous « embellir ». Nous changeons nos cheveux, brunissons notre peau, malheureusement nous ajoutons ou enlevons des parties de nos corps et nous trouons ou dessinons des galeries d’arts sur nos murs de peau. Nous choisissons des tissus colorés, voilés, brodés et parfois même aussi brillants qu’un ciel étoilé. Et je nous trouve beaux, dans notre variété sans bornes. Je dois vous avouer que quelques fois, je ne peux que m’emplir de l’humilité la plus grande devant la création de notre Mère la Terre.

Bon, je sais que certaines d’entre nous ont eu la chance de se faire « électrolyser » ou « lasériser » (ça sonne presque comme de la torture…!) les aisselles. Alors c’est logique de vouloir rendre plus attrayantes même les alcôves les plus oubliées de nos corps. Mais je crois que certains des habitants de Gaia qui se trouvent au « profond » de ses entrailles nous volent la vedette. Qui a déjà pensé à se tatouer les aisselles? Je suis sûre que quelqu’un l’a déjà fait, mais disons que ce n’est pas la norme. Par contre, c’est sûrement la norme chez mes poissons préférés, les poissons perroquets. J’ai médité plusieurs fois devant des beautés incroyables, mais chaque fois que je me retrouve près d’eux, je me sens petite même en étant pas mal plus grosse avec ma combinaison de plongée, mon masque gigantesque et ma bouteille d’oxygène qui ressemble à une bombe! Ils sont « célestement » beaux. Je suis certaine que tous les dieux de toutes les religions du monde ont dû en venir à un partenariat dans lequel ils devaient essayer d’utiliser toute la palette de couleurs terrestres en un seul être vivant. Et non seulement ils ont réussi, mais ils ont aussi réussi à combiner une bonne partie des motifs déjà existants!

Du labyrinthe celtique sur le dessus du mini crâne à l’arc-en-ciel lunaire sur la queue, en passant par les triangles des nageoires jusqu’aux cercles des écailles qui rappellent la Fleur de Vie, le poisson perroquet est une archive millénaire qui contient une liste mondiale de tous les arts. Je pense que s’ils pouvaient lire, ils seraient très touchés! Et ils deviennent même différents quand le soleil plombe; ils brillent comme l’opale et on peut voir près de leur tête une petite pluie d’étoiles filantes.

Je ne pouvais pas pleurer parce que je n’aime pas avoir de l’eau dans mon masque, mais je crois que j’aurais bien pu ajouter un peu à l’eau du Pacifique tellement j’étais contente de retrouver mes vieux amis que je n’avais pas vu depuis Hawai’i. Comme c’était bon de se retrouver au pays des bulles, avec des paysages sans cesse changeants! J’ai flotté depuis les landes de boules de crème glacée gigantesques jusqu’au district des bouches violettes et turquoise métallique qui s’ouvrent et se ferment comme si elles voulaient me faire partager en quelques instants toute la grandeur de leur pays. Et à travers tout ça, je vous ai tenu la main pour que vous puissiez voyager avec moi et être aussi témoins de la grâce de milliers de fleurs sous-marines qui oscillent au gré du courant.

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Monday, February 8, 2010

Je suis Eddy Murphy… plus maintenant

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Vous souvenez-vous du nigaud de professeur? Ce film dans lequel un professeur obèse devient mince et « beau »pour attirer une fille, puis redevient obèse? Et bien…c’était moi…ou plus précisément, mon pied et seulement la partie « obèse ». Il (Eddy Murphy) regardait ses pieds enfler comme si quelqu’un les avait gonflés comme des ballons. Le mercredi 13 janvier, une force invisible a décidé que ce serait le sort de mon pied droit. Une chose appelée sang s’est précipitée vers ma cheville comme si elle avait appelé le 911 et établi un état d’urgence. Pendant que mes yeux se remplissaient de larmes, l’état-major de l’équipe d’urgence de mon corps avait tellement gonflé mon pied qu’il n’avait même plus l’air d’un pied.

Un cadre de métal très lourd est tombé sur ma cheville exactement à 17 h, comme je fermais les portes de la pâtisserie. Et à ma grande déception, ce fut la fin de ma carrière de pâtissière. J’ai eu des béquilles, deux rayons X (il faut conduire 1,5 heure à l’aller et au retour pour les avoir), de la physio et une très bonne aide de la part de « Work Cover » (comme la CSST), de la pâtisserie et des quatre docteurs que j’ai consultés. Rien n’est cassé. Juste très souffrant. Dans environ trios semaines, je pourrai marcher normalement!

Vous pouvez vous imaginer ce que c’est que de marcher dans l’auberge avec mes béquilles chaque jour. Comme je ne pouvais aller nulle part, j’étais toujours dans la partie commune, où des tonnes de nouveaux routards me posaient la même question : « Comment t’es-tu blessé le pied? », Et immédiatement après me disaient : «Quel dommage de t’être blessée pendant ton voyage! ». Je leur répondais qu’il y avait des choses bien pires dans la vie et que mon existence était chaque jour magique malgré tout. Ils semblaient surpris par mon attitude positive. Un jour, j’ai pu leur fournir un très bon exemple de « choses bien pires ». Il y avait un nouveau client à l’auberge, un Israélien parlant un excellent anglais et ayant un très grand sens du partage. Malheureusement, son corps et sa figure n’étaient pas aussi bien que son intellect, par contre. Il était très lourdement handicapé, avec des membres et des traits déformés comme l’eucalyptus qui évite l’orage. Il se déplaçait presqu’en dansant, avec deux béquilles qui semblaient être devenues une part de lui-même. Il jouait au ping-pong avec sa bonne main et enlevait son t-shirt pour se baigner dans la piscine et discuter avec les autres voyageurs. Il m’a demandé ce qui était arrivé à mon pied, avec un réel intérêt pour moi. Wow!

Après deux semaines et demie, l’état de mon pied s’est amélioré; assez pour me tenir debout pour assister à la course de crapauds qui avait lieu durant la fête nationale australienne. Me tenant fièrement en vert et or (les couleurs officielles d’Oz), j’ai aussi sauvé la vie d’un participant au concours de nourriture en lui donnant de l’eau (Marc a aussi a participé à ce concours) et j’ai joué avec les chiens et leurs drapeaux australiens.

Finalement, nous avons décidé que mon nigaud de pied allait assez bien pour quitter Agnes après deux mois. Nous avons quitté l’endroit après deux jours d’inondations, traversant les rivières à bord de notre épique Shocker. Il était temps de partir: seulement dix minutes après avoir levé le camp sous une pluie torrentielle, une rivière s’est créée et a envahi le champ, exactement où nous posions nos têtes chaque nuit. C’est tout simplement merveilleux comment le paysage se modifie pour réinventer le monde. Comme une femme enceinte. J’aimerais voir le réchauffement planétaire de cette façon…

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Thursday, January 21, 2010

La Croix du Sud dans les yeux

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Les dunes défilent sous nos yeux, « abriés » d’étranges touffes verdoyantes qui se cachent sous les branches tordues des melaleucas. Ces grands arbres médicinaux survivent aux grosses tempêtes année après année en se tordant la tête vers le sol, ce qui crée une canopée aux formes sans cesse changeantes. Mes yeux valsent depuis la fenêtre où ils filtrent le vert abondant jusque vers le devant de la route où je vois passer un émeu ou un wallaby, puis s’accrochent au rétroviseur. À travers celui-ci, j’observe les pattes d’oie qui ornent merveilleusement les yeux bleus de mer du chauffeur. Témoins du soleil australien, des sourires adressés à ses cinq enfants et des maintes vagues parfaites qui ont soulevé sa planche de surf, les pattes d’oie me mettent pour une seconde fois en confiance. Je relaxe, même si je dois m’accrocher pour ne pas m’échouer sur mes voisins lors de cette balade « off road ».

Mick est vraiment « Australien », comme le monde s’imagine après avoir vu Crocodile Dundee. Ses cheveux dorés rehaussent le bronzage permanent qui réussit à cacher sa population immense de taches de rousseur. Sous le soleil, on dirait qu’il brille, par son sourire décontracté et par ses yeux passionnés. Je le croise presque chaque jour et toujours j’ai l’impression de me trouver devant un sage petit gamin de dix ans. Il me pince le flanc ou me fait une blague que je comprends une fois sur deux, comme je suis encore en processus d’apprentissage de l’accent australien. Je crois qu’il possède la clé du bonheur, peut-être même le secret de la jeunesse éternelle.

Mick amène chaque jour des groupes de jeunes « backpackers » découvrir les beautés du Deepwater National Park. Il doit répéter les mêmes trucs chaque semaine, et pourtant, les deux fois où je l’ai accompagné, son intérêt et sa vivacité m’ont semblés renouvelés. Comme je « capote » sur Mère Nature et ses beautés, je l’ai assailli de questions…

Mes meilleurs amis ne sont maintenant nuls autres que… les concombres de mer! Ils émettent une substance qui couvre la surface de leurs petits bassins d’eau et les protègent des rayons UV. De la crème solaire naturelle! Quand ils sont agressés, ils « jutent » une substance blanchâtre qui colle la bouche des prédateurs. Cette substance devient un fil très dur qui me rappelle la babiche. Mick l’a d’ailleurs utilisée pour réparer son harpon, comme l’a probablement fait le Premier Peuple d’Australie. Si on poignarde plusieurs fois un concombre de mer (?!?), il redevient comme neuf après quelques heures seulement. Moi je trouve ça complètement magique!

Après nos visites chez les concombres marins, c’est le temps de se régénérer. On nage dans une rivière où il n’y a personne à part la présence grandiose des melaleucas, une fois de plus. Ici, ils sont dans l’eau et la rendent antiseptique et vraiment bonne pour la peau. Elle a aussi un goût de thé à l’eucalyptus. Je regarde Mick qui m’envoie une rafale d’eau rouge en plein visage, on rit et je suis contente d’être en Australie.

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Wednesday, January 6, 2010

Akin!

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C’est tellement un gros défi de vous parler de nos vies en moins de 500 mots une fois par semaine. Plusieurs personnes que nous rencontrons pourraient faire le sujet de nombreuses pages dédiées à ces êtres merveilleux et plusieurs incidents pourraient être la source d’histoires inspirantes. Bref, me voici, avec un petit coup de soleil après ma première journée de surf, et je vais essayer de parler avec vous de tout et de rien de ma réalité actuelle. À propos, à l’auberge, il y a toujours un film très bruyant qui joue, ce qui rend ma tâche encore plus difficile … Ce soir, c’est Tropic Thunder, et à en juger par le regard absorbé et le rire bruyant de Marc, ça semble être un film assez bon pour célébrer la puissance relaxante de l’écran après une journée passée sous le soleil d’Oz.

Laissez-moi vous présenter plus intimement l’« Écran Plat ». Nos jours et nos soirées sont bercés par son omniprésence, ses sons et images nous hypnotisant pendant quelques secondes, quand, attirés par sa puissance, nous passons devant en allant vaquer à nos excitantes occupations quotidiennes. L’« Écran Plat » voit chaque jour la figure des voyageurs épuisés qui, après plusieurs heures de bus inconfortables, recherchent les cousins moelleux bien mérités d’un sofa. Ce qui rend l’« Écran Plat » vraiment spécial, ce sont les deux maîtres de cérémonie qui semblent habiter son espace électronique. En effet, pratiquement chaque fois qu’un film est placé dans le lecteur de DVD, l’auditoire a la chance de voir ces deux visages familiers : deux hommes portant des complets beiges, affichant des sourires d’info publicité. De chaque coté de l’écran, ils annoncent fièrement que le film qui sera présenté a été joyeusement piraté quelque part dans une ville surpeuplée de Thaïlande. Tous les films viennent aussi avec de charmants sous-titres de style thaïlandais et ont tous l’air d’avoir été filmés durant une nuit brumeuse comme on en trouve en Angleterre. Ou, encore mieux, comme s’ils avaient été tournés par votre tante avec sa camera merdique au dernier Noël. Nous sommes maintenant tellement habitués aux films d’une telle texture que nous ne réalisons même plus qu’ils ont un air différent de la réalité. Je n’aurais jamais cru trouver dérangeant de voir Clint Eastwood dans un film du genre « vidéo maison ». Il avait l’air nu.

Mais le meilleur, c’est quand nos deux gentlemen thaïlandais, ne laissant jamais tomber leur sourire, nous aident à trouver les « sous-titres anglais » dans le menu asiatique hautement coloré du DVD. Avez-vous vu le film Stardust? C’est vraiment un bon film, mais pour nos amis néerlandais, ça avait l’air complètement absurde. Les sous-titres apparaissent et disparaissent, et encore plus intéressant, ils racontent une histoire complètement différente, qu’on dirait tirée d’une mauvaise imitation d’une pièce de Samuel Becket. J’ai tellement ri. Durant tout le film, j’aurais voulu avoir un carnet pour inscrire les atrocités commises par le traducteur. Mais, je ne pouvais pas quitter le sofa, trop accrochée aux prochaines lignes horribles au bas de l’écran. Il y avait entre autres, ce passage où la très belle Claire Danes avoue son amour et le qualifie de tellement puissant qu’il est « unbearable » (insoutenable). Pour « unbearable », on lit « bury vessels » (enterrer les vaisseaux). Et cet autre passage où un prince obtient finalement ce qu’il veut et crie : « I’m King! » (Je suis Roi!). On lit en petites lettres blanches « Akin » (parent de quelqu’un). Pouvez-vous imaginer un film entier comme ça? Mon récit ne semble peut-être pas aussi profond que les précédents, mais certains scientifiques avancent que 5 minutes de rire aux éclats équivalent à environ 45 minutes de profonde relaxation aidant à rajeunir et à vivre plus longtemps. Je dois avoir gagné une année complète juste à regarder ce film. Merci aux films piratés pour la qualité de leur divertissement gratuit!

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