Tuesday, March 2, 2010

Theresa

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Mes gros écouteurs sur les oreilles, j’écoutais avec plaisir ma belle amie Donelle me donner de ses nouvelles depuis les lointains États-Unis d’Amérique. Comme plusieurs de mes beaux amis, je partage avec elle un intérêt marqué pour les cultures autochtones des quatre coins du monde. C’est toujours un peu comme tomber en amour avec le gars le plus populaire de l’école : c’est un amour presque impossible. Se rapprocher de sociétés meurtries est difficile. Comment agir? Démontrer trop d’intérêt peut les agresser et essayer de ralentir le feu de la curiosité peut nous faire passer à côté de plein d’opportunités… Combien de fois nous sommes nous perdues dans le labyrinthe de questions sociologiques qui accompagne tout sujet relié à l’état des Premières Nations…

Afin de ne pas se perdre une fois de plus, je vais continuer ma petite histoire (!). Quand mon tour fut venu de raconter mes nouvelles du bout du monde, je me suis accroché les pieds dans le sujet épineux des aborigènes australiens. Plus nous progressons vers le Nord, plus leur présence se fait marquée et plus les gens nous mettent en garde contre les vols, viols, et toutes sortes d’autres crimes supposément commis en grande majorité par des « Blackfellows ». Jamais ces faits ne nous découragent de visiter de plus en plus de centres culturels aborigènes et de nous informer sur ce que nous pouvons faire pour en apprendre plus sur cette culture millénaire. Mais la blessure centenaire est là, bien souffrante, et se ressent partout à travers la haine entre les blancs et les noirs, même si celle-ci se noie parfois dans des tentatives mutuelles de comprendre la culture de l’autre. On marche toujours sur des œufs. En plus, les opportunités de se rapprocher de communautés autochtones sont rares et difficiles d’accès. J’ai postulé pour un projet de bénévolat de 2 mois dans des petites communautés, mais il fallait avoir résidé en Australie depuis au moins 12 mois. Et le projet que Marc et moi chérissions beaucoup en Terre d’Arnhem se révèle complètement trop cher : on nous demande 800 dollars chacun pour une semaine.

Après avoir partagé mes sentiments avec mon amie, Marc et moi avons mis le cap sur un petit marché local. Et derrière une des tables se trouvait Theresa, ses grosses lèvres obscures trônant sur les reflets d’ocres de ses toiles aux histoires ancestrales. Je me précipite vers elle, renouvelant ma pensée positive. Depuis des mois, je rêve d’acheter une pièce d’art aborigène; mais vous me connaissez bien, je l’achèterai seulement lorsque je serai certaine que c’est équitable pour l’artiste. Voilà ma chance. Theresa commence à parler comme une des abondantes cascades de la jungle environnante. Elle parle! Presque plus que moi! Elle raconte son peuple, qui vient du coin de Darwin. Elle me parle des « dreamings » de ses 7 enfants, dont le gecko, et un joli échassier nommé curlew. Dans sa tribu, lorsqu’un enfant est encore tout petit, la famille porte bien attention à des signes que la nature donne pour trouver l’animal auquel le petit sera associé toute sa vie. Comme un animal totem. Un guide spirituel du monde sauvage. Avec elle, je ne me sens pas mal d’être blanche. Et ça, c’est précieux. Ses enfants me sourient, et nous achetons une toile magnifique, avec une histoire bien réelle qui j’espère contribuera à préserver un peu plus cette culture qui se meurt.

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